
VODOU : MYSTÈRE — SPIRITUALITÉ — SAGESSE
MANIFESTE DE FRATERNITÉ
Par Joseph Pierre Léonard
- Gangan assermenté
- En date : 17 juin 2015
- Tribunal de Première Instance
- De Port-au-Prince
gade baryè-a louvri.
Gade baryè-a fèmen.
Sa depan ki lè li ye.
San lese frape
Antre — sòti
Se sou kont Ati-Bon.
Sole se nanm lalin.
Lalin se nanm sole.
Sa depan ki lè li ye.
Menm nan eklips
Pa gen lese frape.
Ewa ! Ewa !
Pour le serviteur du Vodou d’Haïti :
Sortir de l’affrontement liberticide et revenir à l’esprit ancestral partagé outremer
« Degaje ! Degaje ! »
Ce cri est devenu notre réflexe — notre unique politique — notre unique geste.
Un mot pour repousser — renverser — écarter — et survivre.
Mais à force de crier « degaje » contre l’autre — nous oublions de dire « degaje » contre ce qui nous ronge à l’intérieur.
Car le danger le plus durable n’est pas seulement dehors.
Il est aussi dans la confusion de nos cœurs — dans la fatigue de nos esprits — dans la peur de nous regarder en face.
Quand nous ne nous regardons pas — nous nous frappons.
Quand nous ne nous comprenons pas — nous nous divisons.
Quand nous ne nous purifions pas — nous appelons « tradition » ce qui n’est que blessure.
Déposons-nous donc cette parole :
« le véritable « degajman » commence par l’esprit. »
Il ne commence pas par la colère — mais par la clairvoyance.
Il ne commence pas par l’humiliation de l’autre — mais par la reconquête de notre propre dignité.
DÉNOMMER LA RÉALITÉ SANS MENSONGE
Oui — notre pays est malade.
Oui — nos institutions sont piégées.
Oui — l’impasse est profonde.
Mais la réalité n’est pas multiple : « elle est une » : Nous suffoquons
Cette réalité — c’est que nous suffoquons ensemble pendant que nous apprenons à respecter — même à admirer — ce qui nous détruit.
La profondeur de l’impasse
Nous avons appris à nous coucher devant l’ennemi véritable — à mettre la table pour se servir et manger la honte —
et à appeler « prudence » ce qui est souvent une capitulation de l’intelligence et de l’âme.
Le véritable piège n’est pas seulement la violence des rues :
c’est le découragement devenu habitude — c’est la peur devenue doctrine par agressivité étouffante — c’est l’ego devenu chef — c’est l’avidité devenue loi.
LE VODOU N’EST PAS MALADE : C’EST NOTRE PRATIQUE QUI S’ÉGARE
Le Vodou — en son essence — est source — lien — mémoire — médecine — discipline — communauté et amour – respect en partage.
Il est le souffle de nos Ancêtres : un art de se tenir debout — de garder l’âme claire — de protéger la vie.
Mais aujourd’hui — nous devons oser le dire avec respect et courage : une partie de notre pratique s’éloigne de l’esprit ancestral partagé outremer. Nous sommes entrain de devenir le portrait craché de ce que nos Héros combattaient — d’oser le dire sans détour — d’être l’instrument du monstre qui nous a tant effrayé.
Non pas parce que les Loa se sont retirés —
mais parce que l’ego prend trop de place.
Quand la luxure de l’orgueil remplace la sobriété du service —
quand la recherche de prestige remplace la recherche d’équilibre —
quand la peur d’être contredit remplace l’amour de la vérité —
alors le Vodou n’est plus un chemin : il devient le théâtre des arlequins —
Un théâtre atrophié ne sauve pas un peuple.
Nous nous livrons à un ego qui nous égorge.
Pas toujours avec un couteau : parfois avec des mots — des jalousies — des suspicions — des exclusions — des rivalités – futiles — des humiliations à rebondissements.
Et cela suffit pour casser un Lakou — casser une famille — casser une génération.
LA PREMIÈRE BATAILLE : LE SILENCE MÉDITATIF
Nous parlons fort — mais nous n’écoutons plus.
Nous nous affrontons — mais nous ne nous connaissons plus.
Nous voulons corriger le monde — mais nous refusons de rentrer dans notre propre silence — dans notre monde naturel.
Or — le silence n’est pas faiblesse.
Le silence est une chambre de vérité.
C’est là où l’on voit le vrai portrait de soi :
nos blessures — nos peurs — nos mensonges qui chevauchent — nos besoins de dominer — notre faim d’être reconnu.
Celui qui ne se rencontre pas intérieurement finit par combattre des fantômes — pour ne pas dire lui-même.
Le Vodou démocratique — sera-t-il capable d’exorciser son mal-être ?
Celui qui ne se purifie pas finit par appeler « justice » ce qui n’est que vengeance et ambition d’ambiguïté.
Celui qui ne s’apaise pas finit par appeler « pouvoir » ce qui n’est que désordre en prévision du chaos.
Nous affirmons donc ceci :
Certes — pour nous sortir du mauvais décor — nous devons saisir la nature — la dimension du serviteur véritable est d’abord « une discipline. » Un cœur ferme — une parole propre — une intention claire qui élève.
LE MAGIE WANGA DE NOTRE SALUT
Nous reconnaissons l’héritage : nos Ancêtres nous ont légué des sciences.
Ils nous ont transmis des connaissances — des prières — des mines – des trésors de protection — des remèdes — des rites de force et de puissance encadrées par l’amour en abondance.
Mais nous proclamons une ligne éthique :
la puissance n’a de valeur que si elle sert la vie. Le savoir n’a de dignité que s’il élève.
La tradition n’a de sens que si elle transmet la liberté soudée par l’esprit de fraternité et de combite.
Le Wanga n’est pas un prétexte pour nourrir la peur.
Wanga n’est pas un commerce d’angoisse.
Wanga n’est pas un outil pour gonfler l’ego — pour humilier — contrôler l’autre ou faire trembler.
Notre Magie Wanga notre Science d’élévation et de sublimation.
Que la force ancestrale soit une « force de redressement » non pas une force d’écrasement ni de chantage.
DIRE LA VÉRITÉ QUI GUÉRIT
Notre univers est fragile parce que la vérité qui soigne est souvent étouffée.
Et pourtant — sans vérité — il n’y a pas de guérison.
Sans correction — il n’y a pas d’élévation.
Sans humilité — il n’y a pas de tradition vivante.
Pour demeurer dans le réel de soi — ça nous prend l’effort de refuser l’élasticité de la manipulation qui instrumentalise :
— les scandales entretenus
— les secrets qui protègent l’injustice
— les silences qui couvrent la manipulation,
— les « tabous » qui servent de cadenas à l’esprit.
Une voix de sagesse se prononce et dit : « malheur à celui par qui le scandale arrive » — mais malheur aussi à celui qui se tait quand la communauté se noie et ne porte l’assistance du devoir.
Dans la quête d’élévation et d’émerveillement — nous demandons un Vodou qui ose se regarder :
un Vodou de réparation — un Vodou de formation — un Vodou de service et d’accueil.
RETROUVER LE LAKOU : L’ESPACE DE LA JOIE DISCIPLINÉE
Fredonnons ensemble :
Dégage — dégage — c’est notre cœur qu’il faut libérer
Nous ne sommes pas venus briser nos frères — nous sommes venus réparer ce qui est brisé
Dans le silence — nous prenons de la force — dans la vérité — nous prenons la route
Lakou-a ouvert la barrière — rentrons sans doute
Les ancêtres envoient leur lumière sur nous chaque matin
Ils disent : « Servez-vous de sagesse — ne vous vendez pas à l’orgueil pour rien »
Les loa nous tiennent la main pour que nous ne perdions pas la direction
Le konbit d’amour nous relèvera — nous mettra sur le chemin de la nature
Éwa ! éwa ! Nous appelons à la vie — le respect
Wanga — c’est la protection — la guérison — un espoir clair
Mettons-nous ensemble — cessons l’égarement
Dégageons-nous de la division — pour rebâtir la liberté vanyan.
Ayibobo ! Ayibobo ! Ayibobo !
Le salut collectif ne viendra pas d’un héros isolé.
Il viendra du « combitisme » : l’effort partagé — la fraternité concrète — la solidarité structurée dynamique.
Laissons à chacun l’espace de jouer son rôle :
Le houngan — la manbo — le hounsi — l’aîné — le jeune — le guérisseur — l’enseignant — l’artisan — le paysan — le musicien.
Le Lakou tient debout quand chaque pierre accepte sa place — et que la maison sert tout le monde.
Ann chante :
Vodou-a pou nou tout.
Lakou-a pou nou tout.
Badji-a pou nou tout.
Konprann sole — pou geri
Kè an nou.
Ewa ! Ewa !
NOTRE SERMENT : SUBLIMATION — GRANDEUR D’ÂME — ACTION JUSTE
Nous ne sommes pas condamnés à l’impasse.
Nous ne sommes pas condamnés à nous mordre entre nous.
Nous ne sommes pas condamnés à adorer ce qui nous dégrade.
Nous sommes capables de grandeur d’âme.
Nous sommes capables de sublimation.
Nous sommes capables de faire passer l’ombre à la lumière.
Ewa ! Ewa !
Les Loa — les Ancêtres —nos Héros de guerre — comptent sur nous — non pas pour entretenir la confusion — mais pour accomplir les utilitaires nécessaires dans les moments difficiles « l’action juste » :
celle qui restaure la dignité
celle qui protège la vie
celle qui réconcilie la force et l’amour —
celle qui fait de la spiritualité une lampe éclairée pour le peuple.
Alors que notre cri « Degaje ! » devienne enfin le cri collectif :
Degaje nou nan manti. Degaje nou nan lògèy. Degaje nou nan divizyon. Degaje nou nan laperèz.
Pour entrer — ensemble — dans le Lakou de la clarté — de la mesure — de la nature – de la fraternité et de la liberté.
Ewa ! Ewa !
Ayibobo ! Ayibobo ! Ayibobo !
An n pran pèl ak pikwa — pou n dezantere vanyan ak diyite pèp an nou.
Kote kòd lonbrit plante
Se la pou n awoze — dogwe
Sou benediksyon gratitid.
Ayibobo ! Ayibobo ! Ayibobo!
- 25 juin 2026.
- * Le Mouvement Daho-Vodou – fondé en 1983. Et le coup d’envoi à été donné le dimanche 7 avril 1983 à Montréal en honneur à notre glorieux sublimé Toussaint Louverture.
- * Membre fondateur du Vodou Universel en Haïti
- * Membre fondateur de KNVA en Haïti
- * Intronisé Prince du Royaume de Zè du Bénin et ensuite DAH MIHINSÉ
- * Honorable serviteur et membre de OACV Organisation Africaine du Culte Vodoun (Bénin Commune de Zè – quartier Waga)
- * Sous-Pontife des Afrodescendants du Canada Représentant de Son Éminence Daagbo Hounon Tomadjlehoukpon II HOUWAMENOU – chef Suprême du Vodou Mondial, Palais Houxwé – Ouidah- Bénin.
- Gangan mesaje / ibo thérapeute
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